Généralités

La disparition et la fragmentation des écosystèmes, liées à l’artificialisation des sols sont deux des principales menaces pesant sur la biodiversité. Les deux principaux facteurs de cette artificialisation sont l’urbanisation et la conversion des espaces naturels en terres agricoles.

Une population mondiale grandissante et urbaine

La population mondiale ne cesse de croitre et de se regrouper dans les villes. En 2010, 3.5 milliards d’humains vivaient en ville soit plus de 50% des habitants de la planète. Les prévisions laissent penser qu’en 2050 ce sont 6.3 milliards d’humains qui vivront en ville, soit plus des deux-tiers des habitants de la planète. Or, la majeure partie de la surface urbaine nécessaire pour accueillir cette population n’existe pas aujourd’hui, et ce sont dans les zones à forts enjeux en Biodiversité que les villes vont s’étendre.

77.5% des français sont urbains. Au cours des quarante dernières années, la population française s’est concentrée dans les villes, dont certaines ont décuplé, alors que les campagnes se sont vidées. Cependant, cette croissance effrénée des zones urbaines (ce sont 80 000 hectares qui sont artificialisés chaque année) est quatre fois supérieure à la croissance de la population. L’exemple Rhône-alpin étant frappant : entre 1975 et 2000, l’espace urbanisé a augmenté de 88% quand la population dans cette même région n’a augmenté de 18% seulement.

L’ensemble des politiques de protection mises en place jusqu’à aujourd’hui, que ce soit pour préserver l’espace agricole indispensable à l’alimentation des populations ou les espaces naturels dont l’équilibre est garant de notre survie sur la planète, a échoué.

C’est donc bien le modèle de nos villes qu’il faut repenser afin de limiter leur extension, redonner une place à la nature, recréer du lien et du bien-être social.

Les impacts d’une ville

L’impact d’une ville, outre l’artificialisation des sols, se ressent au-delà de ses frontières : ses habitants exploitent de ressources à l’échelle d’un territoire, d’un pays, de la planète pour satisfaire leurs besoins : se nourrir, se loger, se déplacer, se divertir. Ainsi, les villes sont responsables de 75% des consommations énergétiques et de 85% des émissions de gaz à effet de serre à l’échelle mondiale.
La concentration urbaine pourrait être, d’un certain point de vue, bénéfique pour l’environnement : elle devrait permettre, en théorie, de limiter l’artificialisation nécessaire pour répondre aux besoins de la population. Cependant, les modes de vie et comportements urbains entrainent une inversion de cette théorie. De manière générale, la nature étant exclue des villes, les urbains ne mesurent pas, car ils ne le voient pas, l’impact de leurs comportements sur les écosystèmes.

Alimentation & Consommation

En effet, les modes de vie urbains sont très souvent déconnectés de la nature et de ses cycles naturels et perdent ainsi la notion de produits de saison. Ils sont aussi soumis à un vrai bombardement médiatique et publicitaire vantant les mérites de produits agroalimentaires transformés, préfabriqués. Leur consommation alimentaire implique donc des importations de territoires lointains, ou pays étrangers de denrées produits par un système agricole productiviste et fortement destructeur d’écosystèmes et par une industrie agro-alimentaire consommatrice d’énergie.
De plus, les études montrent que le mode de vie urbain a une conséquence directe sur les modes alimentaires : les habitants des villes sont déconnectés des cycles naturels, et ont parfois perdus le contact avec des origines agricoles. La notion de produit de saison devient alors floue d’une part, c’est aussi les lieux d’achats qui changent, plutôt en hypermarché où l’offre de produits alimentaires transformés foisonne.

De la même façon, les loisirs urbains ont tendance à être plus consommateurs d’énergie et de ressource (médias, nouvelles technologies etc.).

Habitat et transport

La ville, pour se développer construit toujours plus de logements et d’infrastructures, ce qui entraine un grand besoin en béton. La production de béton implique l’extraction de granulats, la transformation en béton (activité fortement énergétivore) etc. Aujourd’hui les montants des loyers dans les centres-villes ainsi que le souhait de certains d’avoir accès à plus de nature entrainent une migration vers la périphérie des villes. Ces zones moins denses, s’étalent de plus en plus loin des centres de vie et d’activité. Cela implique une artificialisation des terres naturelles et agricoles périphériques des villes toujours plus importante d’une part, mais aussi des déplacements essentiellement pendulaires, et donc de fortes émissions de gaz à effet de serres.

Impacts sur la santé

Les impacts présentés ici sont ceux sur les écosystèmes, mais les modes de vie urbains ont aussi un impact important sur la santé des populations humaines qui sont soumises à un stress important lié au rythme de vie urbain et à la pollution. Cette alimentation souvent trop riche, associée avec une forte sédentarité liée au peu d’accès à des zones de plein air pour pratiquer du sport entraine une augmentation des maladies appelées non transmissibles (problèmes cardiaque, diabète etc.).

Selon une approche Empreinte Écologique, une ville mobilise donc des ressources à l’échelle de la planète entière ; ainsi modifier les comportements urbains permettra de diminuer la pression de la ville sur l’écosystème planétaire, et prendre en compte l’urbanisation devient essentiel lorsque nous voulons préserver la biodiversité.

La biodiversite dans les villes ?

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Le milieu urbain possède des caractéristiques très particulières, et accueille cependant une biodiversité qui est tout aussi importante ; elle est souvent qualifiée de Biodiversité « ordinaire ».

L’enjeu de sa préservation est aussi fort que la biodiversité dite remarquable puisque les espaces de nature ordinaire jouent un rôle essentiel dans la connectivité entre habitats de tailles plus importantes.

Des bois aux parcs d’activités de loisirs, des cimetières aux jardins familiaux, des cours d’eau aux terrains vacants, les milieux abritant la biodiversité ordinaire sont très divers. Leur mise en connectivité est un enjeu majeur soulevé par le Grenelle Environnement à travers l’identification, et la remise en état et la préservation des trames vertes et bleues, éléments de continuités quel que soit la nature de l’espace traversé (naturel, rural, urbain).

Alors qu’elle ne fait l’objet d’aucune mesure de protection particulière, la biodiversité ordinaire est très affectée par les transformations de l’environnement : les populations d’oiseaux communs ont baissé de 12% en forêt et de 25% en milieux agricoles ouverts.

Et pourtant, certaines villes accueillent parfois des individus appartenant à des espèces dites patrimoniales. C’est ainsi que la ville de Bruxelles compte 50% des espèces de plantes à fleur de Belgique ou la ville de Cape-Town qui accueille 50% de la végétation en danger d’Afrique du Sud et plus de 3000 espèces indigènes.

En Europe, le programme européen « Capitale de la Biodiversité » a récompensé les villes les plus vertueuses en matière d’intégration de la biodiversité dans leur politique publique.

Il apparaît donc clairement aujourd’hui que la prise en compte de la biodiversité dans l’urbanisme doit être appréhendée à différentes échelles :

  • lors de la planification du territoire afin de s’assurer du maintien et de la réhabilitation des continuités écologiques, garantes de la fonctionnalité des écosystèmes.
  • au niveau de quartiers afin d’intégrer la prise en compte des continuités écologiques à une échelle plus fine en préservant ou créant des espaces récréatifs, des alignements d’arbres, de bassins de rétention des eaux pluviales etc.
  • au niveau du bâtiment ou d’un îlot bâti afin d’intégrer des habitats pour la faune et la flore.

Le projet U2B

La LPO France porte la voix de la biodiversité dans des groupes de travail nationaux : évolution du référentiel HQE, concertation sur la prochaine loi urbanisme par exemple, ou encore l’accompagnement des services de la Direction de l’Habitat de l’Urbanisme et du Paysage dans l’intégration de la biodiversité dans les programmes de logements sociaux. Elle est, d’autre part, et tout comme les associations locales, régulièrement interpellée par ses partenaires privés et publics sur cette thématique. Il est donc apparu cohérent de coordonner l’ensemble de ces actions au sein d’un programme national « Urbanisme, bâti et biodiversité » dit U2B.

Ce programme est coordonné par la mission Développement Durable de la LPO France avec l’aide d’un comité de pilotage intégrant des associations locales. Sa première ambition est de rassembler les partenaires intéressés au sein d’un club de réflexion : le Club U2B. Les échanges ainsi générés permettront de confronter les points de vue, traiter des sujets de fonds ayant trait à l’intégration de la biodiversité dans les politiques urbaines et de construction, mais aussi, expérimenter, des actions innovantes d’intégration de la biodiversité en ville.

Ce programme permet de coordonner plusieurs actions :

  • La création d’une plateforme web « urbanisme, bâti et biodiversité » sous l’impulsion de la LPO Aquitaine
  • La réalisation d’un observatoire des pratiques hébergé par la plateforme web et animé par la LPO Isère
  • La mise en place de formations à destination des professionnels et du grand public sur l’ensemble des thèmes relatifs à la « biodiversité en ville »
  • L’expérimentation d’actions innovantes et ambitieuses d’intégration de la biodiversité dans des programmes d’aménagements et de construction, mais aussi de révision de documents d’urbanisme
  • L’accompagnement de l’évolution des référentiels, qu’ils soient normatifs ou réglementaires.
  • Enfin, le programme Refuge trouve logiquement sa place dans la valorisation des espaces exemplaires d’un point de vue intégration de la biodiversité

Urbanisme Bâti et Biodiversité

Avec le soutien financier de :

Conseil Régional d’Aquitaine

Fondation Gecina